
Connaît-on vraiment les lacs de Suisse romande? Info, intox, légendes urbaines: sous forme de vrai/faux, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les plans d’eau romands, du Léman au lac de Neuchâtel…

Un bassin bleu, une gouille tiède, une étendue en forme de croissant entre la Suisse et la France. Les lacs de Suisse romande: notre obsession, à chaque fois que les températures nous font suer.
A l’aube de l’été, voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les lacs de Romandie. Sur leur température, leurs courants, les créatures qui les peuplent ou les survolent, les épaves qui s’y cachent. En mode petit quizz, à réaliser à l’ombre, face à l’azur, les orteils dans l’onde. C’est parti pour tout connaître des plans d’eau locaux!

VRAI OU FAUX ? Une goutte d’eau met plus de dix ans à traverser le Léman.
Vrai.
D’abord, un fait: le Rhône entre dans le Léman au Bouveret et ressort à Genève. Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne traverse pas le lac façon autoroute rectiligne. L’eau séjourne en moyenne plus de onze ans (oui, oui, vraiment) dans le Léman avant de reprendre son petit bonhomme de chemin. 11,3 ans, même, de temps de séjour théorique des eaux, selon la CIPEL, la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman.

VRAI OU FAUX ? Les cormorans sont responsables de la disparition des filets de perche.
Faux.
Enfin… pas entièrement.
Le cormoran est devenu l’un des oiseaux les plus controversés des lacs romands. Excellent pêcheur, il peut avaler plusieurs centaines de grammes de poisson par jour. Désigné coupable idéal, c’est le volatile le plus suspect d’entre tous lorsque les captures de perches diminuent. Voui, mais les scientifiques sont des êtres faits de nuances. Les populations de perches dépendent d’une multitude de facteurs: température de l’eau, qualité des zones de frai, abondance du zooplancton, présence d’autres prédateurs ou encore conditions météorologiques. Les cormorans exercent donc une pression sur certaines populations de poissons. En revanche, ces braves bestioles ne peuvent pas à elles seules expliquer les fluctuations parfois spectaculaires des filets de perche observées dans les lacs romands.
Bref, le débat est aussi animé que les discussions sur la meilleure adresse pour une sublime assiette de filets de perche.

VRAI OU FAUX ? Les lacs romands contiennent du plastique.
Vrai.
Comme tous les grands lacs du monde ou presque. L’enquêteur y retrouve des microparticules dégoûtantes issues notamment de l’usure des pneus, des fibres textiles synthétiques ou de la dégradation des déchets plastiques. Toutes les infos sur cette sombre affaire se trouvent dans l’étude l’étude PLA’STOCK qui met en lumière la quantité de plastique sur les plages du Léman. Le plus inquiétant, qui permet notre immense déni? La plupart sont invisibles à l’œil nu.

VRAI OU FAUX ? Le Léman est plus profond que la tour Eiffel est haute.
Presque.
La tour Eiffel mesure 330 mètres. Donc, si on couchait la Dame de fer au fond du lac, mesuré à 309,7 mètres, il ne manquerait qu’une vingtaine de mètres pour qu’elle disparaisse complètement sous l’eau. Voilà qui relativise la hauteur du saut depuis le plus haut plongeoir de la piscine Bellerive-Plage, à Lausanne (qui, lui, mesure 10 mètres. La fameuse piscine a été inaugurée le 6 juillet 1937.)
VRAI OU FAUX ? Plus l’eau est transparente, plus elle est propre.
Faux.
Une eau limpide n’est pas forcément une eau parfaite. Certains polluants sont totalement invisibles: résidus de médicaments, cosmétiques, pesticides ou microplastiques (comme on l’a vu).
Heureusement, les efforts d’assainissement engagés depuis les années 1960 ont considérablement amélioré la qualité des eaux romandes. Le Léman, autrefois menacé par une pollution massive au phosphore, est souvent cité comme un exemple de restauration environnementale réussie.

VRAI OU FAUX ? Le fond du Léman est plongé dans le noir absolu.
Vrai.
À près de 300 mètres de profondeur, la lumière du soleil ne pénètre plus. Le monde qui existe à vingt mille lieues sous nos palmes n’a plus grand-chose à voir avec celui des plages et des pédalos. Une autre planète, à quelques centaines de mètres seulement sous la coque des bateaux.

VRAI OU FAUX ? Les écrevisses suisses prolifèrent.
Faux.
Les écrevisses indigènes de Suisse, comme l’Écrevisse à pattes blanches ou l’Écrevisse à pattes rouges, galèrent. Loin de proliférer leurs populations ont fortement diminué au cours des dernières décennies en raison de la dégradation des habitats, de la pollution des cours d’eau et surtout de la concurrence exercée par plusieurs espèces exotiques envahissantes.
Des espèces introduites, telles que l’Écrevisse signal ou l’Écrevisse américaine, sont souvent plus robustes et se reproduisent plus rapidement. Elles peuvent également être porteuses saines de la «peste de l’écrevisse», une maladie causée par un organisme pathogène qui décime les espèces européennes, beaucoup plus sensibles.
Nos braves écrevisses helvétiques sont aujourd’hui protégées dans de nombreux cantons et leur pêche fortement réglementée. Voire interdite selon les régions.

VRAI OU FAUX ? Il existe des épaves au fond des lacs suisses.
Vrai.
Et bien plus qu’on ne l’imagine! Le lac de Neuchâtel abrite plusieurs épaves. Remarquablement conservées, en plus! On trouve surtout des embarcations gallo-romaines, des bateaux de commerce des 18e et 19e siècles ainsi que des pirogues préhistoriques vieilles de plusieurs milliers d’années. Des archéologues y ont même étudié récemment plusieurs épaves représentant près de 2 000 ans d’histoire de la navigation.
Le Léman renferme lui aussi des épaves, des vestiges de ports anciens et de nombreux objets liés à l’activité humaine au fil des siècles.
Et le lac de Joux? Eh bien non! Aucune épave historique majeure comparable à celles du Léman ou du lac de Neuchâtel n’est actuellement connue du grand public ou mise en avant par les recherches archéologiques.

VRAI OU FAUX ? Certaines vagues du Léman peuvent dépasser deux mètres.
Vrai.
Dans des conditions exceptionnelles de vent fort et durable, les vagues peuvent atteindre des hauteurs impressionnantes. Nos amis surfeurs savent bien que lors d’épisodes de bise ou de vent tempétueux, les vagues peuvent dépasser les deux mètres de hauteur.
La taille des vagues dépend notamment de la force du vent, de sa durée et de la distance sur laquelle il souffle à la surface du lac. Sur le Léman, dont la longueur atteint plus de 70 kilomètres, ces conditions se combinent parfois pour créer une véritable mer intérieure.
Le Léman est également connu pour certains phénomènes hydrodynamiques particuliers, comme les « seiches », des oscillations naturelles du niveau de l’eau observées depuis des siècles.

VRAI OU FAUX ? Toute l’eau potable lausannoise vient du lac de Bret.
Faux.
Situé sur les hauteurs de Lausanne, le lac de Bret joue bien un rôle dans l’approvisionnement en eau potable de la région lausannoise, mais il n’est pas le seul à remplir la gourde des habitants du chef-lieu vaudois.
L’eau distribuée aux habitants provient d’un mélange de ressources, notamment du lac de Bret, du Léman et de différentes sources souterraines. Cette diversification permet de sécuriser l’approvisionnement en eau potable tout au long de l’année.
Le lac de Bret, d’une superficie d’environ 0,5 km² (52 hectares), reste néanmoins une ressource stratégique exploitée depuis plus de 150 ans pour alimenter la région lausannoise. Gloups!

VRAI OU FAUX ? Une petite moule est en train de bouleverser les lacs suisses.
Vrai.
Son nom: la moule Quagga! Originaire de la région de la mer Noire, elle colonise, voire boulotte avec voracité, les fonds lacustres à une vitesse impressionnante. Elle modifie les écosystèmes, s’accroche aux infrastructures et coûte déjà des millions aux collectivités.
Pour limiter sa propagation, les autorités demandent désormais aux propriétaires d’embarcations de nettoyer soigneusement leur matériel lorsqu’ils changent de lac.
Les chercheurs, eux, se penchent sur les manières les plus efficaces de lutter contre l’envahisseur à coquille. Car s’il est établi que les humains ne doivent pas tenter de s’en faire un menu moules-frites, les perches, elles, les apprécient en snacks. Mais cela ne suffira pas à éradiquer la colonisation.

VRAI OU FAUX ? Les plus gros poissons des lacs romands mesurent rarement plus d’un mètre.
Faux.
Certains spécimens des lacs romands atteignent des dimensions impressionnantes. Le Silure glane, présent notamment dans les lacs de Neuchâtel, Morat et Léman, peut dépasser les deux mètres de longueur et peser plus de 80 kilos.
Au fil des années, plusieurs captures de gros bébés à écailles ont été signalées dans les eaux romandes. Des silures de plus de deux mètres ont été pêchés dans le lac de Neuchâtel et dans le Léman, tandis que d’imposants brochets, sandres et truites lacustres font régulièrement la fierté des pêcheurs.
Parmi les prises les plus spectaculaires figurent également de très grandes truites du Léman, parfois supérieures à un mètre de longueur, ainsi que des brochets dépassant largement les 15 kilos.

Le record officieux de silure capturé dans les eaux romandes dépasse les 2,4 mètres. Malgré son apparence impressionnante, ce géant moustachu est principalement un prédateur de poissons et ne représente pas un danger pour les baigneurs. On rapporte quand même quelques très exceptionnelles anecdotes de morsures. A vous de savoir si vous osez tester!

VRAI OU FAUX ? Les algues bleues peuvent être dangereuses.
Vrai.
On les appelle algues bleues ou cyanoalgues, et ces prairies aquatiques à la couleur étrange ne sont pas anodines. Certaines cyanobactéries produisent en effet des toxines.
Lorsqu’une prolifération est observée, les autorités peuvent déconseiller temporairement la baignade. Les chiens et les petits humains sont particulièrement vulnérables, car ils avalent souvent de l’eau lorsqu’ils se baignent.
Si l’eau ressemble à une soupe verte ou à de la peinture flottante, mieux vaut passer son tour… et fermer la bouche!

VRAI OU FAUX ? Le plus grand espace naturel protégé lié à un lac suisse se trouve au bord du Léman.
Faux.
Le plus vaste site naturel lacustre de Suisse se trouve en réalité au bord du lac de Neuchâtel. Il s’agit de la Grande Cariçaie, le plus grand marais lacustre du pays.
Un joyau naturel qui s’étend sur près de 40 kilomètres le long de la rive sud du lac. Il abrite une biodiversité exceptionnelle. On y recense ainsi des milliers d’espèces animales et végétales, dont de nombreux oiseaux migrateurs, des amphibiens, des libellules et des plantes rares.
Classée parmi les zones humides les plus importantes d’Europe, la Grande Cariçaie constitue un refuge indispensable pour la faune et la flore suisses. C’est également un véritable paradis pour les oiseaux, les naturalistes, les photographes et les promeneurs.
Avec ce quizz ludique, amis de la mobilité, nous espérons vous avoir donné envie d’aller explorer ces lacs romands.
Ils fournissent de l’eau potable, accueillent une biodiversité exceptionnelle, servent de terrain de jeu à des milliers de personnes et cachent encore de nombreux mystères.
La prochaine fois que vous plongerez dans le Léman, le lac de Neuchâtel ou le lac de Joux, vous aurez peut-être une pensée pour les moules Quagga, les silures géants, les épaves oubliées ou cette goutte d’eau qui voyage depuis plus de dix ans.

2 réponses sur « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les lacs romands! »
Super intéressant ! 🙂
Merci!